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18 février 2017 6 18 /02 /février /2017 12:13

Puisque le lieu-dit "Droixhe" est fréquemment cité dans cet article, il est opportun d'en rapporter l'étymologie. Selon Théodore GOBERT, pour qui ce toponyme est d'origine germanique car il provient des dialectes haut-allemand et frison (Treisch et Dresch), il faut lui accorder la signification de terrain vierge, de friche ou de pré banal. Quant à l'origine de Roisse-Poisson, Jean HAUST reconnaît au mot wallon "rwèsse" le sens de rude, escarpé ou rustique ; pour Poisson, je n'ai rien trouvé de probant.

Roisse-Poisson : nom de lieu assoupi au plus profond de la mémoire de quelques anciens Jupillois, il ne ressurgit que rarement des archives afin de compléter des documents de cartographes, de géomètres, d'historiens, de notaires ou d'autres urbanistes. Et si on se sert encore de ce toponyme dans les bureaux du Cadastre, c'est souvent au prix de mutilations graves dues à de téméraires exercices de prononciation, tant ont été nombreuses ses désignations successives au cours des siècles précédents.

Le bief de Roisse-Poisson était un mince bras de la Meuse s'aventurant au travers de l'ancienne plaine de Droixhe, à l'emplacement de l'actuelle Avenue de Jupille (désigné jadis "Divant Cronmoûse = Devant Coronmeuse" en "Haute Drwèhe = Haute Droixhe"), il se dirigeait ensuite vers la cuve en cuivre rouge (inaugurée le 24 mai 2000 face à l'entrée du Marché Couvert). Après une légère inflexion, vers les portiques des nouvelles extensions de la brasserie AB-Inbev (extensions construites à la fin des années 1990 sur le site de l'ancien Tir Communal, au lieu-dit "Plér'vèke = Pré l'évêque), ledit bief revenait vers la Meuse d'aval, par l'arrière de l'ancienne gare (au lieu-dit "Pré 'n-île = Preit en Isle = Pré en île"), soit à quelques dizaines de mètres avant le passage d'eau situé presque en regard de l'émergence de l'actuelle Rue Ladjet dans la Rue de Visé. Nos aïeux situaient ce passage d'eau "a l'èwe låvå = à l'eau de l'aval" ou "al longue pîre = à la longue pierre" qui était un ensemble de grosses pierres mal équarries formant un mur empêchant les terres et ballast, soutenant les voies ferrées depuis 1861 dans le quartier de la Wache (Place de Meuse actuelle), de s'affaisser et glisser vers le fleuve.

Qui dit bief, dit canalisation, dit réalisation totale ou partielle par la main de l’homme.  Ainsi il y a de cela plusieurs siècles de vaillants terrassiers ont contribué, peu ou prou au creusement de ce bras d’eau et, par conséquent, à la formation d'une île désignée comme étant : la Grande Île, l'Yslea Jean SIMON en 1617, l'Île de Herstal-aux-Pourceaux, l'Île SÅVEÛR (SAUVEUR) en 1867 et plus tard l'Île ÉBЀN/EYBEN ou l'Île de Marie LARDINWЀS (LARDINOIS). Des îlots sont apparus sporadiquement sur la Meuse, sculptés qu'ils étaient par les remous et la force des crues épisodiques. Constitués d'alluvions que le fleuve entassait là où sa vitesse s'apaisait, ces îlots étaient effacés ou déplacés par la crue suivante. La toponymie locale n'en a retenu qu'un seul, vraisemblablement celui qui a résisté le plus longtemps, c'est l'Île du Milieu (Île dè Mitan, non reprise sur la carte ci-après – voir au n° 16) que la Meuse avait déposée entre la Grande Île et les terres de Monsin.

Edmond JACQUEMOTTE et Jean LEJEUNE, dans leur "Glossaire Toponymique de la Commune de Jupille" de 1904, font remonter l'existence de ce bief à 1322 et en énumèrent plusieurs appellations : Rosepescon en 1322, Rostipisson en 1330, Roiste pexhon en 1438, Ros Pexhon en Droixhe en 1456, Roestpexhon en 1489, Bî (= bief en wallon) Herman PIRON en 1675, Rwèhe-péhon, Rwèse-péhon, Biez du moulin LIBOTTE en 1848 puis du moulin BASTIN et, enfin, apparence de francisation en Roisse-Poisson en fin de 19e siècle. Le bief a disparu entre 1925 et 1930, sacrifié sur l'autel des assainissements prévus pour l'Exposition du Centenaire de la Belgique.

Afin d'objectiver, de concrétiser, une représentation du bief de Roisse-Poisson pour quiconque tentant d'en saisir l'image, j'ai créé une carte en m'inspirant de celle de l'atlas du général Joseph-Johan-Franz de FERRARIS (1777), de celle de L-N. VREURICK de 1835, de celle de Philippe VANDER MAELEN (1853), de celle de Philippe-Christian POPP (1858), de celle d'Edmond JACQUEMOTTE et Jean LEJEUNE (1904) et, pour en finir, de la toponymie, ô combien précieuse, de "Herstal en cartes postales" (tome I) de Pierre BARÉ, redoutable connaisseur/collectionneur herstalien décédée en 08/2015. Il s'agit donc d'une carte hybride puisqu'elle jette sur la même feuille des éléments d'époques différentes (notamment parmi les rues de Jupille) et en fait disparaître d'autres pour des raisons de clarté, par exemple : la voie ferrée Liège-Visé en Basse-Droixhe à partir de 1861, le sentier longeant la rive droite de la Meuse et du bief (lire les n° 9, 14 et 20) et "l'Île dè Mitan = l'Île du Milieu" (voir n° 16). Le but de ce document est de permettre au lecteur de définir le bief et d'en avoir des repères géographiques et toponymiques précis. Attention : certains numéros peuvent cibler plus d'un site.

A Jupille, le bief de Roisse-Poisson en Haute-Droixhe

Sur cette carte, toutes les voies d'eau sont en bleu. Néanmoins, afin de bien le faire ressortir, le bief de Roisse-Poisson est au centre de la carte en bleu foncé moucheté de points blancs. Depuis toujours, les crues des eaux de la Meuse en aval de Liège se sont heurtées aux "Terres de Monsin/Monsaint" dans un site connu pour la sévérité de sa courbe, une déviation brutale, appréhendée par tous les "Moûs'leûs" (= les mariniers de la Meuse comme les "Oût'leûs" étaient les mariniers de l'Ourthe qui avaient leur quartier général sur la rive droite au flanc amont de l'actuel Pont de Méry, à proximité du "maka" du Gobry). Nos terres liégeoises sont proches des régions de langue germanique : courbé ou dévié se dit "krumm" en allemand, "krom" en néerlandais. A l'évidence, nous avons là l'occasion de saisir la genèse du toponyme "Coronmeuse". C'est Jean HAUST qui l'écrit à la page 166 de son "Dictionnaire Liégeois" : les mots germaniques "krumm" et "krom" ont été romanisés/francisés par le biais du substantif "coron" afin de former "Coronmeuse", par facilité/proximité phonique et non par référence aux habitations des ouvriers mineurs.

Le plan et la signification des numéros.

1. La Naye : il s'agit d'une voie d'eau que les Herstaliens nommaient également "Dérivation". Cette voie d'eau n'existait que lors des crues sévères de la Meuse ; le reste du temps, la Naye n'était qu'eaux stagnantes croupissant dans une succession d'étangs faisant la joie des pêcheurs, des promeneurs du dimanche ou des gamins chassant salamandres ou autres écrevisses servies dans les fritures des environs. Les fritures étaient nombreuses en Monsin (la plus ancienne s'appelait "La Fourchette", elle datait de la fin du 18e siècle), elles offraient de nombreux poissons ou crustacés du cru mosan et des pommes de terre réputées pour leur goût particulier dû aux alluvions déposées sur les emblavures potagères lors des inondations. Outre ces fritures, plusieurs laiteries permettaient aux promeneurs d'apprécier le lait et ses dérivés en direct du pis de la vache ou autre brebis ;

 2  .Axe de l'actuelle Rue Marexhe à Herstal (ancienne Chaussée Brunehault faisant partie de l'antique chaussée romaine Tongres-Trêves) qui traversait le Canal de Maastricht (n° 5) par le biais du Pont Marexhe (pont métallique tournant) et la modeste Naye par le biais du Pont WILLEM (pont de pierres) à partir de 1897. Après avoir franchi la Naye, l'ancien chemin rectiligne était désigné "Chemin de Jupille" (il aboutirait actuellement entre le centre de voile de l'A.D.E.P.S et l'entrée du bief menant à la centrale électrique du pont-barrage). Ce chemin se dirigeait vers un moulin à vent réputé, élevé en 1697 par un certain Pierre LOVINFOSSE, on l'appelait le "Moulin de Marexhe ou de Monsin".

 

Au temps des Romains, le Canal de Maastricht n'existait évidemment pas et la Meuse était traversée à gué, entre Marexhe et le plateau de Gît-le-Coq, car elle avait déjà les allures de ce que nous appelons aujourd'hui la Basse-Meuse pendant une bonne partie de l'année ;

 

 

3. Axe de l'actuelle Rue Saint-Léonard quittant Liège pour devenir Rue Hayeneux en entrant dans le quartier de Marexhe (marais) à Herstal ;

 

4. Axe rectiligne de l'actuelle Rue des Bayards à Liège ;

 

5. Canal de Maastricht (1849-1939), canal creusé par des centaines de terrassiers allemands (dont une bonne moitié succomba lors d'une épidémie de choléra en 1846). Évincé par le Canal Albert en 1939, le Canal de Maastricht s'initiait dès la Fonderie de Canons de l'actuelle Rue Commandant Charles MARCHAND, s'ouvrait sur un large bassin toujours existant (entre les actuels Parc Astrid et Quai de Coronmeuse) et traversait Herstal en parcourant les actuels Boulevards Ernest SOLVAY et Zénobe GRAMME. Notons qu'une longue jetée, s'avançant de la rive gauche de la Meuse jusqu'à mi-fleuve, dont les bases sont toujours visibles sur le flanc aval du Pont de l'Atlas V, formait obstacle à l'avancée des eaux mosanes vers le nord-est et les forçait à rentrer dans le Canal de Maastricht afin de maintenir une hauteur d'eau suffisante pour les hernas (modestes péniches halées). Seules les eaux de l'Ourthe, arrivant par la partie dénommée "Barbou", s'écoulaient sans entrave vers la courbe de Monsin (rappel : c'est depuis les travaux d'assainissement de l'exposition de 1905 aux Vennes que les eaux de l'Ourthe et de la Meuse ont été rassemblées dans les quartiers de Fétinne et de Rivage-en-Pot ;

A Jupille, le bief de Roisse-Poisson en Haute-Droixhe

6. La Laye : premier exutoire naturel des eaux de la Meuse en crue vers les terres plus basses de Monsin. C'est à l'amorce de cet exutoire, sur la rive gauche de la Meuse, que le passeur d'eau de Jupille (n° 11), venant du site de "l'èwe låvå" sur la rive droite, déposait ses passagers ou d'autres charges à l'endroit d'une grosse ferme désignée successivement DEL WAIGE, DE LA WACHE, TRAPPÉ, RASSENFOSSE, CRÉMERS et LEBOUTTE. Ce bras d'eau fut comblé entre 1855 et 1857 et transformé en terres agricoles ou servitude utilisée par les navetteurs se rendant vers Milsaucy, le centre de Herstal ou la Place Licour (comprendre Place de la Libre Cour) ;

 

7. Le bief TRAPPÉ : dès le 15e siècle, la puissante famille TRAPPÉ (del TRAPPE à l'origine) reprend la Ferme de la Wache à Jupille aux MAGHIN. Cette famille TRAPPÉ provenait du village de Lowaige (flamandisé en Lauw) dans la banlieue de Tongres. Lowaige s'est patoisé et altéré en "Li Wèdje" qui s'est, à son tour, altéré en se francisant en "La Wache" (idem pour la Rue de la Wache à Liège). Sur le bief qu'ils avaient fait creusé en Monsin, les TRAPPÉ installeront une puissante fenderie (laminoir à deux phases d'étirement) qui provoquera la fermeture de nombreux petits ateliers/clouteries à Herstal et Wandre. Les TRAPPÉ avaient plusieurs sites et domaines d'activités industrielles ou agricoles ;

 

8. Le Pont ÉBЀN/EYBEN …. qui n'était pas un pont mais une jetée ( al'djèterèye = à la jetée) lancée, à l'entrée du bief, jusqu'à mi-Meuse afin d'en forcer les eaux à s'engouffrer dans Roisse-Poisson pour en limiter l'envasement et générer un flot capable de faire tourner les roues à aubes des moulins ou autres scieries. Sur les reproductions (peintures ou photographies), il apparaît que la structure en bois portant cette estacade pouvait supporter la pose de tôles ou de planches escamotables afin de maintenir l'efficacité du détournement des eaux vers le bief en cas de sécheresse/étiage. Le Pont EYBEN n'était accessible que de l'Île de Herstal-aux-Pourceaux sur laquelle on parvenait en franchissant le Pont de Planches (Li Pont d' Plantches) entre les n° 14 et 15 sur la carte. Au cours des années 1900, le voisin le plus immédiat de cette jetée était la friture-restaurant que la famille BAUDRIHAYE (puis MATHOT) tenait, sur la rive opposée, à la pointe occidentale (désignée la "Fourchette") de l'île Monsin, entre Naye et Meuse ;

 

9. Le passage d'eau de Coronmeuse ou de la Lèche (déjà cité en 1330). La nacelle du passeur assurait la jonction entre le Tir communal (présent à cet endroit de 1862 à 1930) et le café désigné "Maison Blanche" sur l'Île aux Osiers sur la rive gauche et la friture-restaurant "À la Lèche" au lieu-dit "Al' barche = À la barge" sur la rive droite de la Meuse. L'appellation "À la Lèche" n'est pas à prendre à la lettre puisque la Lèche est à plus de 50 m à l'arrière de la friture (voir n° 10). L'hippodrome (entre 1835 et 1912) et plus tard le vélodrome de Jupille sont ici les voisins du passage d'eau en Haute-Droixhe jupilloise. Un sentier venant de Bressoux longeait la rive droite de la Meuse et du bief et filait vers le "Pont d' Plantches = Pont de Planches" (entre les n° 14 et 15) avant de revenir, par Basse-Droixhe, vers "Li Longue Rouwale = actuelle Rue Désiré SIMONIS" (n° 20) ;

A Jupille, le bief de Roisse-Poisson en Haute-Droixhe

10. Ce trait serpentant indique le creux/cours/rigole de la Lèche que nos aïeux appelaient "Li (X)Horote del Lèdje/Lètche = le ruisseau/sillon de la Lèche". Plusieurs orthographes sont connues : Lage en 1346, Leiche en 1478, Leische en 1494, Leche en 1676, Lèche en 1703, Lège en 1735, Leche en 1770, Lexhe en 1781 et Lèche depuis 1846. Ce ruisseau, au gabarit variable selon les saisons, était alimenté par trois autres (voir les numéros 22, 23 et 24) : le Ruisseau du Poncay de Bressoux, le Ruisseau du Moulin de Robermont au Trou LOUETTE et le Ruisseau d'Ѐdjîrî du Fond Crahay. La Lèche était également désignée la "Xhorre des Révérends Pères Chartreux de Haute-Cornillon" au 18e siècle car ces religieux y possédaient un grand vivier réputé poissonneux qui leur permettait d'assouplir, un tant soit peu, leur dure loi d'abstinence (quelques immeubles et ponceaux avaient été construits près de ce vivier à hauteur du n° 10). Le cours de la Lèche était également suivi par le sentier/chemin dit du "Pré NAVEAU" (n° 13) ;

 

11. Le passage d'eau de Jupille en "Ѐwe Låvå = Eau de l'aval" ou "de la Wache" ou "Al' Longue Pîre = À la longue pierre". La longue pierre, c'était un mur incliné de 1,5 m de haut, fait de grosses pierres dont la destination était de soutenir les terres et ballasts contre les tassements/affaissements dus au passage des trains de la ligne 40 en Basse-Droixhe et au lieu-dit "Al Wadje" en particulier. Une pente douce permettait d'y atteindre la nacelle du passeur d'eau. L'actuelle Rue Ladjet est longtemps restée le seul chemin permettant de se rendre vers Wandre et Visé. Le traçage de l'actuelle Rue de Visé vers 1840, la pose des voies ferrées de la Ligne 40 vers 1860 et les travaux de l'Exposition du Centenaire entre 1925 et 1930 ont bouleversé le site originel au point de le rendre complètement méconnaissable. Des milliers de tonnes de terre de remblai ont été nécessaires afin de faire reculer la Meuse et de la repousser dans les terres de Monsin (et, je ne m'étendrai pas sur les travaux de la brasserie et de l'autoroute au début des années 1960). La nacelle du passeur permettait aux passagers d'atteindre Herstal sur la rive gauche de la Meuse, à hauteur d'une ancienne grosse ferme (voir item n° 6) et de poursuivre vers le centre de Herstal ou vers la Place Licour (de la Libre Cour). Marcel DELSUPEXHE et Eugène MANGIN furent les deux derniers passeurs, ils tenaient café et commerce d'articles de pêche sur la rive jupilloise du passage d'eau. Les travaux d'assainissement pour l'exposition de 1930 en Droixhe sonnèrent l'hallali des passages d'eau de Coronmeuse et Jupille. Eugène MANGIN retrouva un emploi en tant que chauffeur à la Fabrique Nationale à Herstal ;

 

12. L'ancienne Île de Malte (désignée également "Cul du Dos FANCHON" parce que située en aval du Dos FANCHON) : désignation accordée par le peuple de Liège, au cours de joutes nautiques festives le 27 juillet 1798 (écrit Théodore GOBERT à la p. 444 du tome VII des "Rues de Liège") afin de commémorer la prise stratégique de La Valette (capitale de l'Île de Malte) par Napoléon BONAPARTE le 11 juin précédent.

 

Par ailleurs, la Ville de Liège, souhaitant construire un nouvel abattoir vers 1870, annexa l'Île de Malte au Dos FANCHON, par comblement du fossé mosan, afin de pouvoir bénéficier d'une surface de construction plus importante. Enfin, depuis des temps immémoriaux, la tradition verbale liégeoise nous indique qu'une île pouvait être désignée selon l'image qu'elle générait dans l'imaginaire du citoyen, c'est à dire l'image du dos émergé d'un être inanimé flottant au fil de l'eau. C'est pour cette raison que nous sont restés, dans le domaine de la toponymie liégeoise, des noms propres aussi évocateurs que le Longdoz et la Rue Dos FANCHON ;

A Jupille, le bief de Roisse-Poisson en Haute-Droixhe

13. Le Sentier/Chemin du Pré NAVEAU (NAVEA en 1533, NAAVEAU en 1652, NAVAY en 1807) : ce sentier partait de Bressoux (davantage de l'actuelle Rue Général Charles de GAULLE que de l'actuelle Rue du Moulin), il partageait la plaine de Droixhe en deux : au nord, Haute-Droixhe et au sud, Basse-Droixhe. Il franchissait la Lèche au lieu-dit "Pont a l'ourtèye = Pont au massif d'orties" (n° 27), il en longeait le sillon et le bief de Roisse-Poisson sur leur rive droite, il traversait les lieux-dits de "Plér'vèke = Pré de l'évêque" et de "Pré 'n-Île = Pré en Île" et arrivait au passage d'eau de Jupille. Le sentier du Pré NAVEAU était également désigné "Li Pazê del Basse-Drwèche = le sentier de (la) Basse-Droixhe" ;

 

14. "Le Pont de Planches = Li Pont d' Plantches = La Passerelle" : le seul vrai pont franchissant le bief de Roisse-Poisson afin d'atteindre l'Île de Herstal-aux-Pourceaux. Ce pont figure dans de très nombreux récits car il était un point de repère connu de tous le long du sentier partant de "li longue rouwale = la longue ruelle = actuelle Rue Désiré SIMONIS" (n° 20) ; ensuite, côtoyant le bief, ce sentier filait vers le passage d'eau de Coronmeuse, l'hippodrome, l'artificier DRESSE et enfin Bressoux (devenue commune dès 1871 sur un territoire relevant auparavant de Grivegnée) ;

 

15. La Grande Île ou l'Yslea Jean SIMON en 1617 ou l'Île de Herstal-aux-Pourceaux ou l'Île SÅVEÛR/SAUVEUR en 1867 ou l'Île ÉBЀN/EYBEN ou l'Île LARDINOIS. C'est sur cette île qu'avait été érigé un seul bâtiment très ancien sur lequel le couple formé par Henri-Nicolas LARDINOIS et son épouse Marie BONEMME, acquéreurs de l'île en 1890, construisit une ferme en 1918, ferme qui sera l'objet d'une peinture de Servais HOUVELEZ, aquarelliste et auteur jupillois fécond et bien connu ;

 

16. Le bief de Roisse-Poisson revient à la Meuse : à cet endroit, les eaux du fleuve et du bief y déposant leurs alluvions, il surgissait périodiquement un îlot : "l'Île dè Mitan = Île du Milieu". Cet îlot, régulièrement emporté lors de la crue suivante, était suivi d'un gouffre craint des bateliers : "Li Trô dèl' Bråkène" ;

 

17. Lieu-dit "Plér' vèke" arpenté par le Sentier/Chemin du Pré NAVEAU : altération de "Pré de l'Évêque" ;

 

18. Lieu-dit "Pré 'n-Île" le long du Sentier/Chemin du Pré NAVEAU : altération de "Pré en Île". À quelques 30 m en aval de ce n° 18, les eaux du bief mettaient en mouvement, au 19e siècle, les roues à aubes du moulin LIBOTTE (puis BASTIN) et de la scierie de Félix CHÉVAU situées sur leur rive droite. La placette située en vis-à-vis de l'actuelle Place de Meuse est encore désignée de nos jours Place LIBOTTE par les anciens de Jupille ;

A Jupille, le bief de Roisse-Poisson en Haute-Droixhe

19. Ce bout de chemin est toujours présent en 2016 (plus pour longtemps peut-être). Il est désigné "Rue du Pré Commun" entre la Rue Dieudonné DEFRANCE et la Place Louis de GEER et ne semble mener que vers les stocks d'un commerce de charbon/mazout et vers le domaine de la S.N.C.B/INFRABEL ;

 

20. "Li Longue Rouwale = la Longue Ruelle = l'actuelle Rue Désiré SIMONIS" : très ancienne voie s'aventurant dans les terres de Basse-Droixhe et menant au sentier atteignant le "Pont d' Plantches = le Pont de Planches". La dédicace au bourgmestre de Jupille, Désiré SIMONIS, a été adoptée en Conseil Communal le 20 juillet 1901, du vivant du bourgmestre : fait rare et exceptionnellement réitéré, comme pour les Rues HERMESSE et PIEDBŒUF ;

 

21. Plateau de Gît-le-Coq : centre emblématique de Jupille, le site de Gît-le-Coq rassemble une cohorte d'éléments ayant trait à la fondation du village originel à l'époque romaine, à son développement pendant la période carolingienne et à son devenir en tant que commune ;

 

22. Le Ruisseau du Poncay : ce ruisseau important colportait les eaux des araines du Charbonnage des Prairies en Haute-Cornillon (à l'angle des Rues Justin LENDERS et Élise GRANDPREZ à Bressoux), du Charbonnage de Sainte-Famille (à l'endroit du monument aux morts dans le cimetière de Robermont) et du Charbonnage du Bois des Mangons (sur la plaine de l'Oasis, en haut du Thier du Bouhay à Bressoux). Ce ruisseau surgissait, du ventre de la colline de Robermont, par le biais d'une longue galerie horizontale (encore accessible le D. 4 octobre 1992) débouchant derrière une porte métallique inscrite dans un mur grisâtre entre les n° 76 et 82 de la Rue Winston CHURCHILL, juste en vis à vis de la Rue Frères PHILIPPART. Jadis, les eaux du ruisseau erraient pendant 200 m au travers des houblonnières de "Tanixhe" avant de se jeter dans le Canal de Golette à hauteur du croisement des Rue du Marché et du Poncay. Lors de l'urbanisation de Bressoux, du traçage des Rues du Moulin et du Marché et autres adjacentes, une partie des eaux du ruisseau pris la direction de l'est, vers Droixhe et ultimement la Lèche.

 

Notons que le charbon extrait dans les charbonnages cités plus haut (auxquels doit s'ajouter le Charbonnage de Chartreuse et Violette de l'Impasse Denis VALKENBERG dans la Rue Winston CHURCHILL) était transporté par chemin de fer (en suivant l'axe passant par les actuelles Rues du Chemin de Fer, Servais THÔNE et FASSIN qui n'existaient pas encore) vers la rive droite de la Meuse après avoir traversé une passerelle sur le bras d'Ourthe du Barbou (qui n'était pas encore l'actuelle Dérivation). Des nacelles emportaient le charbon sur la rive gauche de la Meuse, à hauteur de l'actuelle Rue des Armuriers, afin de le livrer aux forges et fours de la Fonderie de Canons (site actuel de l'Athénée de Liège-Atlas). L'administration de ces quatre charbonnages était assurée dans l'immeuble portant le n° 92 de l'actuelle Rue Winston CHURCHILL à Bressoux ;

 

 

 

Bâtiment situé au 92 de la Rue Winston Churchill ou fut assuré l'administration des quatre charbonnages dont il est question dans le paragraphe 22.

Bâtiment situé au 92 de la Rue Winston Churchill ou fut assuré l'administration des quatre charbonnages dont il est question dans le paragraphe 22.

Porte métallique située rue Winston Churchill entre le 76 et 82, derrière laquelle débouchait un ruisseau surgissant du ventre de la colline de Robermont.

Porte métallique située rue Winston Churchill entre le 76 et 82, derrière laquelle débouchait un ruisseau surgissant du ventre de la colline de Robermont.

23. Ruisseau du Moulin de Robermont : ce ruisseau, constitué par les eaux provenant des hauteurs du massif de Robermont (aux lieux-dits "Les Bassins et les Sarts" après lesquels il était censé faire tourner les aubes du moulin du couvent des Cisterciennes, religieuses présentes sur le territoire de l'actuel cimetière de Robermont de 1200 à 1789), surgissait à hauteur du Trou LOUETTE après avoir dévalé les pentes des actuels services communaux des "Plantations". Il traversait l'ancienne "Route de Jupille = actuelle Rue Winston CHURCHILL" et préfigurait le tracé rectiligne de l'actuelle Rue Ferdinand HEUVENEERS avant de virer à droite vers le site de l'ancienne gare de Bressoux ;

 

24. Ruisseau d'Ѐdjîrî du Fond Crahay : ruisseau descendant du hameau des Bruyères à Jupille en suivant le Fond Crahay qui marquait la limite communale tracée entre Jupille et Grivegnée, d'abord, puis Bressoux à partir de 1871. Ce ruisseau s'amorçait à hauteur de l'actuel cimetière de la Bure à Bois-de-Breux et des installations sportives des TEC, il séparait les actuelles Rue de Pilzen et des Fagnes, il longeait le domaine de l'ancienne ferme/houblonnière du Fond Crahay (dans le virage serré de la Rue de Pilzen), il plongeait ensuite, par l'actuelle Rue du Fond Crahay, vers l'ancienne "Route de Jupille = actuelle Rue de Liège" et s'aventurait vers "Li (X)horote dèl Lètche = le ruisseau/sillon de la Lèche" dans les terres de Basse-Droixhe.

 

 

Encore aujourd'hui en 2016, lors d'averses importantes, il est fréquent de remarquer que ce ruisseau traverse et abandonne ses boues au travers de la Rue de Liège, à hauteur de la Rue du Fond Crahay. Et ce, depuis des temps immémoriaux !

Édjîrî, mais d'où peut provenir pareille désignation ? Ce mot ne tombe pas du ciel, il s'appuie sur d'autres qui l'ont précédé, qui ont été déformés et qui se sont altérés. Le Glossaire Toponymique d'Edmond JACQUEMOTTE et de Jean LEJEUNE nous indique la voie à suivre : Nigirrey en 1221, Négiriwe en 1401, Negyrue en 1553, Girouwe en 1561, Engireux en 1631, en Egiry en 1716 et en Regirir en 1717. Dans tous ces toponymes, on retrouve la racine latine niger, nigra, nigrum signifiant noir et le suffixe ri, ru, ry signifiant ruisseau. Aux alentours de l'an 1000, alors que nos régions sont encore couvertes par la forêt primitive et dense, deux secteurs professionnels sont favorables à la mise en exploitation des bois/forêts : les agriculteurs recherchent des surfaces propices à l'élevage ou à la culture et les métallurgistes recherchent du bois pour en faire du charbon de bois afin de faire monter davantage la température de leurs bas-fourneaux. Une aire de bois touffu destinée à être abattue et mise en coupe était appelée nemus/nemoris en latin (en français, on dit essartage). Dès lors, puisqu'il est question d'un ruisseau noir, je pense que c'est parce que ce ruisseau surgissait de bois denses et obscurs ou parce que ses eaux portaient la trace et la couleur des cendres de charbon de bois fabriqué lors de la mise en coupe des nemora dans les actuels lieux-dits des Sarts (Essarts) et du Fond Crahay ;

A Jupille, le bief de Roisse-Poisson en Haute-Droixhe

25. La Ferme LOUIS (ex-LABEYE, ex-DESSART, ex-DHAENEN, ex-RASQUINET et ex-HANQUET, par ordre d'ancienneté croissante) au n° 86 de l'actuelle Rue de Bois-de-Breux, à l'angle de la Rue Jean JAURЀS. Avant que la Rue de Bois-de-Breux ne soit tracée en 1886 entre un étang et l'arrière de la ferme, l'itinéraire de jadis, désigné "Li Rouwale Hågngneû = la ruelle Hågngneû", passait entre la ferme et les annexes qui lui font face, soit au milieu de l'ensemble, avant de rejoindre le chemin de Baille-Colleye au sud-ouest ;

 

26. L'actuelle Rue des Trixhes assurant la jonction entre la Place Gallo-Romaine et la Rue de Bois-de-Breux aux Bruyères. Avant de se voir décerner la vocation de rue très pentue, cet itinéraire n'était qu'une rigole [une (x)horote] permettant l'évacuation, entre autres, des eaux d'exhaure (pompage) des charbonnages du haut des Trixhes (les bures Belle-Vue et Général) vers les actuelles Rue de l'Araine, Derrière-le-Château et Ivan POKHITONOV afin d'actionner les aubes du Moulin COLLARD (situé à l'endroit de la boulangerie dans l'axe et en bas de la Rue Ivan POKHITONOV) avant d'atteindre le Ruisseau de Fléron sur le site de l'actuelle Rue de Meuse, soit au terme de sa traversée de Jupille ;

 

27. "Li Pont a l'ourtèye = Le pont au massif d'orties" : lieu/repère où le chemin/sentier du Pré NAVEAU (n° 13) traversait la Lèche par le biais d'un ponceau. Loin d'être un ouvrage d'art, il s'agissait d'un simple ponceau jeté à la hâte, comme d'autres, sur ces trois ruisseaux de Basse-Droixhe.

 

Une dernière précision : notre orthographe française recèle la particularité de faire apparaître deux consonnes voisines, un "X" suivi d'un "H", dans plusieurs mots, qu'ils soient à considérer comme substantifs ou comme noms propres. Nous répertorions ainsi : l'exhaure, la xhavée, la xhorote, à Xhendelesse, à Xhoffraix, à Xhoris, à Xhovémont, chez XHAUFFLAIRE, chez XHÉNEUMONT, chez XHIBITTE, etc. Et, hiatus troublant, Jean HAUST, dans son "Dictionnaire Liégeois", n'a même pas retenu la lettre "X".C'est dans "La Libre Seigneurie de Herstal" d'André COLLART-SACRÉ que j'ai trouvé une explication plausible à cette curieuse association que le plus téméraire d'entre nous n'oserait prononcer, sauf s'il pratique l'albanais. L'argumentaire est le suivant :

1) aux 7e et 8e siècles, dans les régions du nord-est de la Belgique (aux limites des aires des langues latines et germaniques), les copistes avaient remarqué un son inconnu ; en l'occurrence, un son que je décrirais comme étant celui d'un "H aspiré/appuyé" ;

2) pour faire apparaître ce son nouveau dans leurs textes, les copistes en ont cherché un lui ressemblant dans les langues qu'ils pratiquaient et ils se sont arrêtés à la 22e lettre de l'alphabet grec, le "KHI", dont la graphie ressemble au "X" latin, tant dans sa forme minuscule que majuscule, "χ" et "Х", et l'ont insérée dans leurs écrits.

Voilà l'explication de l'insertion de ce soi-disant "X" dans notre français écrit et parlé (lors duquel cet "X" doit s'effacer et renforcer le "H" comme dans haricot, héros, Hollandais, Hambourg, Hawaï). Ce qui, selon le Petit LAROUSSE Illustré, se définit, en termes techniques, comme étant une épenthèse.

 

Texte et composition : Monsieur Octave Warzée, membre de la CHLJ

Mise en page, agencement et photos : Monsieur Alfred Jamin, membre de la CHLJ et responsable du blog de la dite commission.

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1 février 2017 3 01 /02 /février /2017 14:24

Tel qu'on peut l'admirer aujourd'hui, le bâtiment est superbe. Tout est nouveau, tout est propre et bien coloré. Le château de Fayen-Bois revient de loin, les trois derniers quarts du 20e siècle ont failli lui être fatal, il était en ruine.

 

Ici, tout redémarre en 1619 quand l'ambassadeur de la Principauté de Liège à Rome décide de revenir, avec son épouse Agnès PELS, sur les terres liégeoises de sa jeunesse. Il s'agit de Guillaume de FAYEN, fils de Martin et Anne de FAYEN – STÉVART de la paroisse de la Madeleine au centre de Liège et neveu d'un chanoine de la cathédrale Notre-Dame et Saint -Lambert. Notre ex-diplomate décide d'acheter le site dit du "Petit Bourg" au Bois de Breux (les communes et leurs limites ne sont pas encore fixées en 1619). Ce "Bourg = Burg en allemand signifiant endroit fortifié" serait un des quatre sites carolingiens connus dans la proche région :

 

1) à Haute-Cornillon, le site sur lequel les Prémontrés vers 1116, puis les Chartreux vers 1360, puis les Petites Sœurs des Pauvres en 1853, puis une Maison de Repos et de Soins en 2016 ont élevé un sanctuaire et/ou un lieu d'hébergement ;

 

2) à Blegny (ex-Saive), le site sur lequel a été construite "Li Cinse å Laton – La Ferme au Son", détruite depuis la fin des années 1970 et devenue dépôt de containers de pneus à l'angle de la Priessevoye (ou Voie de la Foleresse = épouse du foulon) et de la Rue Nifiet ;

 

3) le Château d’Oupeye, Rue du Roi Albert, où résidait l'éblouissante Alpaïde, la maîtresse de Pépin de Herstal (voir la peinture d'Auguste CHAUVIN dans la nef latérale droite de la cathédrale de Liège, peinture intitulée "Le banquet de Jupille");

 

4) le "Petit Bourg" au Bois de Breux. En 1619, il ne subsiste de l'ancien "burg" qu'un rectangle en pierre de 22,5 x 13,5 m. Ce qui séduit Guillaume de FAYEN et son épouse, c'est l'espace complètement déboisé (il n'y d'arbres que le long du ruisseau qui vient de Beyne-Heusay et qui descend vers Houlleux) et la large vue sur Herstal et les premières terres de la Hesbaye, par-delà Monsin et la courbe de la Meuse sommeillant calme et large en fond de vallée.

Le Château de Fayen-Bois.

La construction du nouveau château va prendre plus de cinq ans. On peut imaginer que Guillaume de FAYEN, qui revenait d'Italie, aurait pu insister pour que l'architecte s’inspire de la finesse des styles italiens pour sa future demeure. Mais, il existait déjà à Liège une construction qui démontrait l'incompatibilité radicale entre l'esthétique italienne et les rigueurs des hivers liégeois : c'était le portail oriental de l'église Saint-Jacques de l'architecte Lambert LOMBARD (1505-1566). Les fines moulures et dentelles de pierre ne peuvent perdurer à Liège en raison des gels successifs qui délitent la pierre inexorablement.

 

Dès lors, le style retenu pour le château de Fayen-Bois fut celui de la "Renaissance mosane" dont la "Maison CURTIUS", construite entre 1600 et 1610 en bord de Meuse, offre le plus bel exemple : caves superposées en deux niveaux, gros-œuvre imposant en briques faites sur place, versants de toit gigantesques sur de nombreux greniers, baies et fenêtres à meneaux afin de réduire les entrées au froid, ponton pour franchir les douves et quelques rares arbres afin de ne pas masquer la vue vers la Meuse. Voilà l'image qu'offrait Fayen-Bois en 1625 lorsque le couple de FAYEN-PELS y emménage.

Croquis de Jean MÜLLER

Croquis de Jean MÜLLER

Mais, la vie a des revers, le lignage des de FAYEN-PELS va devoir puiser puis épuiser l'épargne pour continuer à vivre et à investir au château de Fayen-Bois (ferme et jardins). Ils vont s'endetter à un point tel que le château est saisi le 4 septembre 1679. Une première mise aux enchères, le 27 octobre 1681, dépossède les enfants des de FAYEN-PELS et porte l'édifice dans les mains d'un certain Jean-Baptiste NIVOLARA. Ensuite, le 22 mars 1713, c'est au tour de Philippe BALTHASAR, dit baron de Villers, de devenir le nouveau propriétaire du domaine. En 1726, c'est Edouard de CONRARD, dit baron van der HEYDEN de BLISIA, qui le devient. Le 14 juillet 1732, la fille du précédent van der HEYDEN, dite Marie-Louise de BLISIA, épouse le baron Michel de ROSEN et lui apporte le domaine en dot.

 

Sous les de ROSEN, gros travaux de modernisation aux baies, fenêtres, vitres et blanchissement des façades du château et de la ferme. Entre 1794 et 1814, les soubresauts postrévolutionnaires et les batailles napoléoniennes font arriver au château des soldats autrichiens, des soldats français et des cosaques russes, il s'ensuit de nombreux et importants dégâts. En 1817, une descendante des de ROSEN-de BLISIA, une certaine Louise-Hélène épouse Pierre-Nicolas JEUNEHOMME et apporte le domaine en dot.

 

 En 1818, ce Pierre-Nicolas JEUNEHOMME le vend au baron Antoine de THIRIART qui, peu de temps après, lègue le domaine à sa nièce (la fille de sa sœur) Marie-Zoé de FLOEN-d'ADLERCRONA (1808-1866, morte du choléra le 21 novembre à 58 ans). Cela fait huit propriétaires successifs du "château de Fayen-Bois" en 140 ans, c'est bizarrement étrange !

Le Château de Fayen-Bois.

En 1838, cette Marie-Zoé de FLOEN épouse un Français apprécié, … on peut comprendre car c'est un noble-juriste-militaire-diplomate, c'est le baron Amédée de la ROUSSELIÈRE-CLOUARD (1804-1872), né en Angleterre puisque ses parents avaient quitté la Normandie lors de la révolution de 1789. Sous le baron Amédée et son épouse, le domaine va subir de grandes modifications : aménagement du parc (sentiers, étangs successifs faits de cuvettes en briques et contenus par des murets et autres pontons, plantations de nombreux hêtres dont deux pourpres immenses toujours visibles en 2017 aux extrémités gauche et droite à l'avant du château), alignement en position rectangulaire des douves entourant le château et construction de deux pavillons en tourelle (démolis vers 1946) à l'avant afin d'y installer les mécanismes d'alimentation des douves.

 

Les de la ROUSSELIЀRE ont organisé des fêtes gigantesques dans le parc en été, particulièrement lors de la fête au Bois de Breux au début juillet. Plusieurs milliers de personnes se croisaient dans les allées où divers jeux étaient organisés. Pour les bals populaires, deux lieux étaient très fréquentés régulièrement : d'abord, l'Auberge de Fayen-Bois (ex-résidence du garde de la lignée des DEFLANDRE) dans l'Avenue de Cologne au n° 18 et ensuite les dépendances des nouvelles écuries au n° 7 de l'Avenue de l'Absent. La tradition locale rapporte qu'un assemblage de planches couvrait le sol de ces derniers locaux afin que les danseurs puissent "valser" sans abîmer leurs chaussures ou leurs chevilles. Le chansonnier Alibert trouva la situation cocasse lors d'un passage et créa une nouvelle chanson à succès intitulée "Sur le plancher des vaches", chanson reprise notamment par l'orchestre de Jacques HÉLIAN dans les années 1950. Un troisième établissement au succès plus modeste se trouvait en contrebas de la Rue de Homvent au 91, dans le creux du ruisseau de Fond-Drî-Vå et, enfin, un quatrième établissement beaucoup plus récent existait au n°1 de l'Avenue de la ROUSSELIЀRE, c'était le café-dansant de Guillaume DESTINAY fermé dans les années 1950. La deuxième entrée du domaine du Château de Fayen-Bois était immédiatement voisine de cet établissement DESTINAY.

Le château de Fayenbois en ruïne .....

Le château de Fayenbois en ruïne .....

Le couple Amédée de la ROUSSELIÈRE et Marie-Zoé de FLOEN a eu deux fils : Arthur (1839-1883, parfois désigné Florent) et Gaston (1842-1917). Le jovial Arthur épousa d'abord (en janvier 1871) Nadejda HARITOFF (1849-1877, de l'entourage de la famille tsariste de Russie) de laquelle naîtra, en 1870, Nadine de la ROUSSELIÈRE qui, après avoir épousé le métallurgiste français Guillaume de ROHAN-CHABOT le 23 avril 1901, aura quatre enfants (Lydie, Isabeau, Blandine et Charles) et deviendra veuve le 13 décembre 1922.

 

 C'est cette veuve qui se retira en France et mit le domaine en vente car elle et son époux Guillaume furent les derniers à avoir occupé le château de Fayen-Bois après le décès du baron Amédée le 13 mai 1872 à 67 ans (notons que, après le décès le 21 novembre 1866 de sa femme Marie-Zoé de FLOEN âgée de 58 ans, le baron Amédée préféra quitter Fayen-Bois pour trouver refuge dans un hôtel particulier Rue Jean-Joseph HAMAL à Liège, près de l'opéra où il décéda). Après le décès de Nadejda HARITOFF le 1er novembre 1877, Arthur épousa Isabelle BEYENS, encore une fille de diplomate.

 

Quant à l'austère Gaston, il épousa, en 1868, la comtesse (Marie-) Louise de ROBIANO (1842-1874), ils ont rejoint le Château des Bruyères à Chênée, y ont fixé leur résidence et y ont eu deux enfants : Emmanuel (1869-1870) et Marie (1871-1906). Hélas, la phtisie (tuberculose pulmonaire) frappa durement la famille : la mère, le fils et la fille en décédèrent. Le baron Gaston, esseulé, est mort dans son hôtel particulier du 120 Bd de la Sauvenière à Liège le 8 mars 1917 à 75 ans.

 

 C'est Arthur de la ROUSSELIÈRE qui, en 1877, fit démolir la grosse ferme (construite par Guillaume de FAYEN) et réaménager l'étang en face du château actuel (tous deux dans l'actuelle Drève du Château) et fit reconstruire de nouvelles écuries à l'arrière du n° 7 de l'actuelle Avenue de l'Absent. Par ailleurs, le célèbre "point de vue" du baron Amédée était situé sur une butte ceinte de hauts peupliers, à l'angle actuel des Avenues d'Aix-la-Chapelle et du Tennis.

La ferme du Château de Fayenbois

La ferme du Château de Fayenbois

Les gestionnaires[1] du parc du château de Fayen-Bois ne manquaient pas d'esprit, un panneau émaillé fut affiché. Il y était écrit à l'intention des braconniers :

 

" Si vous avez du repentir, vous passerez le Pont des Soupirs

Qui vous conduira vers l'église, sous sa voûte et sous sa frise.

Pour que Dieu vous accorde, sur le Pont de la Miséricorde,

De revoir le beau ciel bleu du bon village de Bois de Breux.

Si vous passez le Pont du Diable, vous vous noierez sous les érables".

 

Pendant la guerre 1914-1918, les Uhlans de Guillaume II occupèrent le château de Fayen-Bois, d'où négligences et gros dégâts. Après la première guerre mondiale, le château est devenu un centre d'élevage pour chiens. Lorsque Nadine de la ROUSSELIÈRE (la fille d'Arthur), devenue veuve de Guillaume de ROHAN-CHABOT en décembre 1922 et seule héritière (tous les autres sont morts), mit le domaine (château, parc, fermes et prairies, soit 130 Ha) en vente en 1923, elle utilisa deux canaux de vente : la société BERNHEIM à Paris et l'Immobilière d'AFFNAY à Liège. Les d'AFFNAY achetèrent tout ce qui est à l'est de l'allée principale (future Avenue de la ROUSSELIÈRE), leur but sera de revendre en plusieurs parts, de lotir.

 

 L'industriel SÉPULCHRE-NICOLEYZACK (matériel d'éclairage au pétrole) acheta la partie occidentale qu'il voulait également lotir. En raison de mauvaises affaires (la crise de 1929), l'industriel dut vendre. D'où, en 1936, l'évêché de Liège acheta le château, la commune de Jupille et le Vestiaire des Écoles communales de Jupille achetèrent le parc boisé. Pendant la guerre 1940-1945, les Allemands puis les Américains (dont le "16th General Hospital" était situé à l'arrière de la Ferme JUPRELLE à Homvent – ferme détruite située à l'arrière du garage LEJEUNE-Mitsubishi au n° 69 Rue de Herve à Beyne-Heusay) occupèrent le Château de Fayen-Bois, d'où gros dégâts comme en 1814 et 1914.

 

Après la guerre, le château devient un centre d'accueil et de rééducation pour délinquants. En 1968, La Commission des Monuments et Sites, pressentie notamment par un comité de quartier ("Les Amis de Fayen-Bois", fondé en 1957), classe le château. En 1972, la commune de Jupille rachète le château à l'évêché de Liège qui le détenait depuis 1936. En 1981, la Ville de Liège (devenue propriétaire à son tour par la grâce des fusions de communes de 1977) commence brièvement puis arrête une phase de restauration du château. En 1986, échec et abandon d'un projet de création d'un centre de formation professionnelle en maçonnerie. En 1994, il existait, à l'arrière du château, une modeste maison de repos, de la sphère des Mutualités Chrétiennes, désignée "La Clairière". Cet établissement de soins devait s'agrandir et se moderniser. L'ASBL "Promotion des Aînés" des Mutualités Chrétiennes (ex-"Vacances et Loisirs" qui convoitait déjà le château en 1971) repensa tout le projet en tenant compte du château. De gigantesques travaux sont entrepris, la maison de repos est agrandie et le château est intégré à l'exploitation et restauré (à la fin des travaux extérieurs, pose du campanile réparé le Mar. 11 avril 2000 après que cet élégant couvre-chef de 4,5 tonnes soit resté au sol, se délabrant pendant des années).

 

La lignée mâle des de la ROUSSELIÈRE (celle des patronymes) s'est définitivement éteinte le 8 mars 1917, lors de la mort de Gaston au 120 du Bd de la Sauvenière. Par contre, les de ROHAN-CHABOT sont toujours présents parmi les membres du "gotha" parisien. Les de FAYEN, les de ROSEN et les de la ROUSSELIÈRE étaient membres de la noblesse diplomatique, terrienne ou immobilière, ils n'ont pas pris le virage industriel ou financier des 18e et 19e siècles.

"La ruine de la chapelle dans le parc"  reconstitution croquée par Laurent NISSEN architecte de Jupille

"La ruine de la chapelle dans le parc" reconstitution croquée par Laurent NISSEN architecte de Jupille

Petit retour en arrière : en 1923, lorsque Nadine de la ROUSSELIÈRE, veuve de Guillaume de ROHAN-CHABOT, mit le domaine en vente (+/- 130 Ha), il y avait : 33 Ha pour le parc, le château et la ferme en vis-à-vis ; 20 Ha pour la ferme DÉSERT (au viaduc de la Rue de Herve) ; 10 Ha pour la ferme RAMACKERS-LERUTH Rue de Herve ; 20 Ha pour la ferme RAMACKERS (frères et sœurs, deviendra Ferme JUPRELLE, démolie à l'arrière du garage MITSUBISHI-LEJEUNE à Beyne) ; 13 Ha pour la ferme TAMBOUR du fils MOSBEUX (Rue Henri WARNANT à Jupille) ; 11 Ha pour la ferme des Piétresses du père MOSBEUX (anciennement du fermier-expert agricole Lambert de PONTHIERE, Rue Fond du Chat à Jupille) ; 10 Ha pour les quatre métairies en Houlleux (LAMARCHE) et Fondrivaux (HOUBARD, THONNARD au 91 Rue de Beyne, SAUVEUR au 55 Rue de Homvent et à l'arrière de l'actuelle chapelle Saint-Luc de la Rue des Chardonnerets) et quelques autres terrains.

 

Crime au Château de Fayen-Bois : le lendemain d'une fête locale, le corps de la jeune Émilie FALLA fut retrouvé dans le château le 6 septembre 1894, elle avait été assassinée. Le témoignage du neveu d'Émilie, retrouvé blessé mais vivant sur les lieux du crime, permit de démasquer rapidement le coupable : il s'agissait d'un repris de justice connu, un armurier jupillois.

 

 


[1] Sous l'occupation du Château de Fayen-Bois par Arthur/Florent de la ROUSSELIЀRE et son épouse d'origine russe Nadejda HARITOFF (par conséquent après le décès de la mère, Marie-Zoé de FLOEN-d'ADLERCRONA, en 1866), la gestion du secteur horticole du domaine fut confiée à Jules BELOT. Cet horticulteur, né à Ciney le 3 avril 1850 et décédé à Liège le 22 février 1914, jouissait d'une excellente réputation. La Ville de Liège eut également recours à ses compétences pour former ses jardiniers à l'École d'Horticulture qu'il fonda et dirigea en 1888. Jules BELOT était l'époux de Joséphine HODY, ils eurent deux fils : Jules et Léon.

Le château de "Fayen-Bois" en octobre 2015. Le château de "Fayen-Bois" en octobre 2015.

Le château de "Fayen-Bois" en octobre 2015.

Grilles du Château.

Grilles du Château.

Pour terminer cet article rédigé par M. Octave Warzée, membre de la Commission d'Histoire Locale de Jupille (CHLJ), je vous fais découvrir comme responsable de ce blog, quelques belles illustrations du parc de Fayen-Bois. Les différentes prises de vues ont été réalisées par mes soins un beau jour d’automne en octobre 2015.  Merci de votre fidélité à la CHLJ.

A.Jamin

 

 

Le Château de Fayen-Bois.
Le Château de Fayen-Bois.
Le Château de Fayen-Bois.
Le Château de Fayen-Bois.
Le Château de Fayen-Bois.
Le Château de Fayen-Bois.
Le Château de Fayen-Bois.
Le Château de Fayen-Bois.
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10 janvier 2017 2 10 /01 /janvier /2017 10:57

Grâce à la Ville de Liège, la chapelle "du Cascognier", sise sur la place de Meuse, à pu être restaurée.

 

Cela à la demande de notre Commission d'Histoire Locale qui tient spécialement à conserver (en bon état autant que possible) le petit patrimoine jupillois.

 

Un tout nouveau toit en ardoise, un rejointoyage complet de l'édifice, ainsi qu'une restauration des grilles protégeant l'accès à la chapelle lui donnent un air pimpant et accueillant.

 

Merci à Michel Faway, riverain, d'avoir appuyé notre demande.

 

 

vue de la chapelle sans les grilles.

vue de la chapelle sans les grilles.

un tout nouveau toit en ardoise...

un tout nouveau toit en ardoise...

encore sans les grilles et sans décorations ou ex-voto.encore sans les grilles et sans décorations ou ex-voto.

encore sans les grilles et sans décorations ou ex-voto.

La Chapelle "du Cascognier" rénovée
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19 novembre 2016 6 19 /11 /novembre /2016 14:46

La Commission d'histoire locale de Jupille en collaboration avec le Foyer culturel de Jupille-Wandre a réalisé une exposition pour commémorer le 100ième  anniversaire de la mort de Mathieu Bodson. Ce héros, né à Jupille, résistant de la Grande Guerre, fut fusillé en 1916 pour espionnage.

L'exposition en question relate les différentes période de sa courte vie. Les photos ci-dessous ont été prises lors du vernissage le mercredi 26 octobre 2016.

 

 

aperçu de l'exposition.
aperçu de l'exposition.

aperçu de l'exposition.

Centenaire de la mort de Mathieu BODSON
Centenaire de la mort de Mathieu BODSON
Centenaire de la mort de Mathieu BODSON
Centenaire de la mort de Mathieu BODSON
Centenaire de la mort de Mathieu BODSON
allocutions du Président du Foyer Culturel de Jupille-Wandre et de la Présidente de la Commission d'Histoire locale de Jupille
allocutions du Président du Foyer Culturel de Jupille-Wandre et de la Présidente de la Commission d'Histoire locale de Jupille

allocutions du Président du Foyer Culturel de Jupille-Wandre et de la Présidente de la Commission d'Histoire locale de Jupille

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26 mai 2016 4 26 /05 /mai /2016 07:26
Esquisse de la ferme Demolin

Esquisse de la ferme Demolin

L'ancienne ferme Demolin en "Mignon Havêye" fut détruite vers 1963. Cette ferme s'élevait à hauteur du numéro 167 de la Rue Charlemagne à Jupille, là où s'amorce la rue Demolin.

L'accès vers les prairies et la "Gripète" vers la Rue de Bois-de-Breux, à l'arrière, se devine entre un des piliers soutenant la barrière métallique et le mur clair (toujours existant) surmonté par des massifs de forme arrondie.

Le mur en moellons de grès houiller, sur la gauche de l'esquisse, est, lui aussi, toujours présent en 2016.

C'est dans cette ferme que trouva refuge une partie du bétail des fermes inondées en Basse-Droixhe en décembre 1925 et janvier 1926. Lors de la construction de la terrasse de sa nouvelle maison dans la toute proche Rue Michel Moutschen, Maurice Demolin, le dernier fermier exploitant, y fit insérer quelques vieilles pierres remarquables de son ancienne ferme à titre de souvenir.

Texte de Octave Warzée.

Emplacement actuel de la ferme Demolin, la rue portant son nom n'existait pas à l'époque

Emplacement actuel de la ferme Demolin, la rue portant son nom n'existait pas à l'époque

La ferme Demolin
vue du même endroit avec à gauche le mur en moellons de grès qui touchait la ferme en question.

vue du même endroit avec à gauche le mur en moellons de grès qui touchait la ferme en question.

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19 mai 2016 4 19 /05 /mai /2016 17:08
Exposition du Centenaire de la Belgique en 1930, on voit bien le Pont de Coronmeuse (qui deviendra Pont de l'Atlas V)  les cheminées de la centrale électrique de la Basse-Meuse (à l'extrême gauche), le fronton de l'énorme palais de l'électricité (au centre) l'église du Bouhay au clocher tronqué ( au quart droit) et les abattoirs (avant plan droit).

Exposition du Centenaire de la Belgique en 1930, on voit bien le Pont de Coronmeuse (qui deviendra Pont de l'Atlas V) les cheminées de la centrale électrique de la Basse-Meuse (à l'extrême gauche), le fronton de l'énorme palais de l'électricité (au centre) l'église du Bouhay au clocher tronqué ( au quart droit) et les abattoirs (avant plan droit).

Ces deux ouvrages ont une histoire commune, ils ont été projetés et construits simultanément et sont les signes d'une époque lors de laquelle la Belgique, en général, et les régions anversoise et liégeoise, en particulier, avaient choisi de panser les plaies de supplices récents (la guerre 1914-1918), de cultiver les vertus de l'esthétique, de la technique et de le faire savoir au monde par le biais d'une exposition internationale. En ces années 1920, le gouvernement belge vient de trancher : une exposition célébrera le centenaire de la Belgique en 1930 et les villes d'Anvers (pour les arts) et de Liège (pour les sciences et techniques) en seront les organisatrices entre le 3 mai et le 3 novembre.

 

 

 

Les autorités liégeoises sont ravies, cette "Exposition du Centenaire" leur rappelle le succès considérable qu'avait remporté celle de 1905 aux Vennes, à Fragnée et à la Boverie (7 millions de visiteurs) et l'intérêt qu'il y avait eu d'assainir et urbaniser ces portions peu hospitalières du territoire de la ville. Par ailleurs, ces mêmes autorités communales avaient bien ressenti la tiédeur, le peu d'empressement, du gouvernement de Bruxelles à l'égard du choix de Liège au vu du déficit affiché par les finances communales à la fin de la première guerre mondiale. Et justement, prenant cette frilosité à rebrousse-poil, le peuple de Liège prit fait et cause pour l'exposition et, argumentant de la remise à la Ville de Liège par la France de la Grand-Croix de la légion d'honneur pour faits d'héroïsme le jeudi 24 juillet 1919 devant 100.000 personnes sur la Place Saint-Lambert, ce peuple confirma la pérennité de la vaillance et de la ténacité des Liégeois.

 

Deux anciens du comité exécutif de 1905 vont être consultés afin d'entendre leurs conseils, il s'agit du magistrat Florent PHOLIEN et du banquier Émile DIGNEFFE (qui deviendra bourgmestre de Liège de 1921 à 1928). Des contacts se nouent, des réunions se programment et le lundi 22 décembre 1924, le bourgmestre DIGNEFFE invite à la Violette (Maison Communale de Liège) tout qui est élu, ingénieur/technicien, banquier/financier, industriel/artisan, enseignant/étudiant à Liège et alentours. Et, les décisions sont approuvées par acclamation : il y aura bien une exposition en 1930, elle sera dédiée aux sciences et aux techniques sur le territoire de Haute-Droixhe (Basse-Droixhe étant déjà occupée par la ligne ferrée n° 40 depuis 1861), de la Boverie (précédemment aménagée pour l'exposition de 1905) et de Coronmeuse ; des rues et ponts seront à prévoir afin d'assainir et moderniser la plaine alluvionnaire occupée par l'ancien champ militaire de manœuvres à Bressoux, des marais et quelques agriculteurs/horticulteurs (les DEFLANDRE, JONGEN, REYNDERS, …), traversée par la Lèche (un ruisseau) et lacérée par un hôtel à rats, l'antique bief de Roisse-Poisson à Jupille (déjà cité dans des textes de 1322 et figurant sur les cartes réputées de 1776 du général d'artillerie et comte autrichien Joseph de FERRARIS).

 

 

 

 

 

Plaine de Droixhe en 1914, ce bétail a été rassemblé par les fermiers des environs sur l'ancien champs de manœuvres à Bressoux-Droixhe sur ordre des autorités belges afin de devancer l'ordre de réquisition de l'armée allemande.

Plaine de Droixhe en 1914, ce bétail a été rassemblé par les fermiers des environs sur l'ancien champs de manœuvres à Bressoux-Droixhe sur ordre des autorités belges afin de devancer l'ordre de réquisition de l'armée allemande.

Avant 1925, la plaine de Droixhe s'étendait sur le territoire des communes de Bressoux et Jupille. Le premier objectif des Liégeois sera de racheter et rassembler les morceaux afin d'accroître le territoire de la ville. Les négociations s’initièrent et les élus, servis par leurs juristes, y allèrent de marchandages en compensations. Combien me vends-tu ? Oui …, mais …, combien si en échange je te donne ? Et, si en plus j’assainis ? Les autorités indigènes (c’est ainsi qu’étaient désignés les représentants de Bressoux et Jupille dans les textes) ont accepté les propositions, un accord a été signé, la Ville de Liège a donc acheté Droixhe, les limites communales vont être élargies.

 

 

Tir Communal de Liège

Tir Communal de Liège

Néanmoins, le problème de la survie de la gare en Basse-Droixhe va rapidement surgir à Jupille. Une partie des aires d'entreposage gêne les promoteurs et entrepreneurs du chantier car elles sont mal placées, elles s'étendent entre la voie ferrée et la Meuse, là où il faut combler Roisse-Poisson et là où doit être érigé un bâtiment imposant (qui deviendra le Tir Communal permettant d'héberger l'ancien Tir à la Cible qui, lui aussi, doit quitter le promontoire entre la Meuse et le Canal de Maastricht de 1849, soit l'actuel Parc Astrid). Les édiles jupillois, bourgmestre PRÉVERS en tête, veulent garder la gare intacte car, disent-ils, Jupille n'est plus un village champêtre, c'est maintenant une commune à "vocation industrielle" qui reçoit des produits, les transforme et puis les livre et le tout transite par la gare et ses locaux de stockage. Il est vrai que d'octobre 1920 à mai 1929, la population jupilloise augmente de 6.366 à 7.652 habitants, soit plus 20 % en moins de 9 ans. Cette vocation industrielle de Jupille en 1925 se concrétise par la présence de plusieurs entreprises : la brasserie et la chaudronnerie Jacques PIEDBŒUF, les distilleries et taillanderies HAVART et HAVARD, l'armurerie légère aux ateliers de Gaspard et Laurent LOCHET, le travail du bois aux scieries de Félix CHÉVAU et de Joseph FIVET, la société anonyme des Métaux Usinés, les Forges et Tôleries Liégeoises et la chaudronnerie BAILLY-MATHOT aux confins de la commune, à Bois-de-Breux (le charbonnage de la Violette aux Houlpays est moribond depuis 1916/17). Au recensement des conseils de prud'hommes de 1929 (les syndicats n'existent pas encore), sur les 7.652 Jupillois, on dénombre 1.612 ouvriers et 203 employés. S'ajoutent à cela de nombreux artisans gravitant aux alentours des sites évoqués plus haut. Afin de satisfaire les revendications des Jupillois, il fut décidé d'inscrire les entrepôts de la gare dans le périmètre d'une enclave qui serait exclue du territoire à racheter par la Ville de Liège.

Enclave ou pas, dès décembre 1930, la gare de Jupille fut placée sous la dépendance de celle de Bressoux et la suppression d'arrêts ou de services à la gare de Jupille ne cessera de s'accroître en raison de périls majeurs atteignant toujours davantage la gare du Longdoz qui était le terminus de la Ligne 40, vers Visé et Maastricht. La gare du Longdoz agonisera pendant des lustres avant d'expirer sous la masse des démolisseurs en 1975. Quant à la gare de Jupille, elle sera démolie en 1982.

 

 

Gare de Jupille

Gare de Jupille

Au cours des négociations concernant Droixhe, Jupille avait émis le vœu de voir tracer trois rues (l'Avenue Joseph PRÉVERS, l'Avenue de Jupille – sise partiellement sur la partie amont de l'ancien bief Roisse-Poisson et, le longeant sur sa rive droite, du sentier vers Coronmeuse qui rejoignait la jetée du Pont Ébèn/Eyben à la naissance du bief, l'ancien hippodrome, le passage d'eau vers Coronmeuse et la fabrique de l'artificier DRESSE – et la Rue du Gay Village) et construire deux ponts : un premier qui permettrait aux Jupillois de se rendre facilement vers l'Exposition du Centenaire et de bénéficier ultérieurement des investissements qui perdureront sur son domaine et un deuxième qui mettrait en communication immédiate la Rue de Visé et la nouvelle avenue à créer le long de la Meuse (Avenue de l'Indépendance qui deviendra Avenue Georges TRUFFAUT après la deuxième guerre mondiale et à laquelle s'ajoutera ou se substituera l'autoroute dès 1964).

Notons que le projet d'une rue et d'un passage à niveau entre la Place de Meuse et l'Avenue de l'Indépendance/Georges TRUFFAUT (en passant par les actuelles Place LIBOTTE et les bassins d'épuration de la brasserie) n'a jamais été réalisé.

 

 

Ce qui reste du pont Bonfond sur la ligne ferroviaire Liège - Maastricht et qui n'a plus de tablier.

Ce qui reste du pont Bonfond sur la ligne ferroviaire Liège - Maastricht et qui n'a plus de tablier.

Vue de la ligne de chemin de fer et de l'autoroute, ou se situait jadis le pont

Vue de la ligne de chemin de fer et de l'autoroute, ou se situait jadis le pont

Deux sites ont été retenus pour ces ponts : après avoir écarté la Rue Désiré SIMONIS uniquement dédiée à l'habitat et aux installations sportives longeant la ligne 40, le premier pont franchira les voies ferrées au départ d'un axe naissant Rue de Visé, à l'endroit de la ferme de Joseph REYNDERS, ferme située entre la scierie FIVET (actuel restaurant 111) et l'impasse bordée des quelques immeubles construits par l'entrepreneur DEMARCHE pour un certain DAMRY (impasse au coin de laquelle les sœurs BROSE tenaient une épicerie lors des inondations de janvier 1926) ; le deuxième pont franchira les voies ferrées à la limite des communes de Jupille et Wandre, à l'arrêt du tram vers Barchon (actuel Garage PAISSE), juste en face de l'ancien "Café de la Belle-Vue = Amon BONFOND = Chez BONFOND" situé au bas de l'actuelle Rue de la Forêt qui monte vers Rabosée (pont devenu inutile dès l'ouverture de l'autoroute en 1962, il n'en reste que les piliers car le tablier a été détruit). Ces deux ponts sont donc frères jumeaux, nés du même projet et construits à la même époque entre 1925 et 1930.

le pont Prévers côté rue de Visé vers le Marché Couvert

le pont Prévers côté rue de Visé vers le Marché Couvert

le même pont Prévers vers la rue de Visé

le même pont Prévers vers la rue de Visé

Pour les dédicaces accordées à ces deux ponts, deux patronymes ont été retenus :

 

-       Le premier pont : le bourgmestre de Jupille à l'époque, Joseph PRÉVERS, n'a probablement jamais pu visiter l'exposition car il est devenu gravement malade en mars 1930, malade au point d'être remplacé par l'échevin des finances Henri WARNANT (qui lui succédera au mayorat) et malade au point que plusieurs réunions du conseil communal et du collège se sont tenues à son domicile afin de maintenir intacte la répartition des mandats et l'équilibre politique lors des votes. Joseph PRÉVERS est décédé le mardi 21 avril 1931. Le deuil communal fut officialisé par la pose de morceaux de crêpe aux réverbères, la dépouille du bourgmestre fut exposée à l'ancienne Maison Communale (au 57 de la Rue Chafnay) où les élèves/enseignants des écoles communales défilèrent, les obsèques civiles eurent lieu le vendredi 24 avril à 17h. et un long cortège de sympathisants prit la direction du cimetière des Bruyères pour l'inhumation. L'émotion était palpable car Joseph PRÉVERS était connu de tous : entré en politique communale en tant que conseiller en 1894, cela faisait plus de trente-cinq ans qu'il rencontrait les citoyens desquels il était très apprécié. La dédicace "Joseph PRÉVERS" au pont et à l'avenue qui y mène s'est progressivement inscrite dans le langage des Jupillois. Le souvenir laissé par l'ancien bourgmestre était encore si vivace seize mois après son décès que, le 23 août 1932, le conseil communal de Jupille décide (par 8 voix contre 2) d'accorder la même dédicace à la nouvelle salle communale de loisirs/réunions récemment construite au n° 1 de la Rue Jean HERMESSE, en face du lavoir Charlemagne (du célèbre sculpteur Oscar BERCHMANS) et de l'ancienne ferme TENEILLE (à l'emplacement de laquelle un AD DELHAIZE – devenu Proxy DELHAIZE - a été construit dès août 1989).

Rappel : après les élections communales du D. 24 avril 1921, alors que le socialiste Joseph PRÉVERS venait d'être élu conseiller par la population puis désigné par ses pairs comme premier échevin et candidat au poste de bourgmestre en mai, le gouverneur de la Province (le libéral Gaston GRÉGOIRE) organisa les prestations de serment mais "oublia" de communiquer la liste au roi, d'où pas d'arrêté royal de nomination. C'est pour cette raison que Joseph PRÉVERS ne fut que "premier échevin faisant fonction de bourgmestre" jusqu'en septembre 1921 avant d'accéder réellement au titre de mayeur.

 

-       Le deuxième pont  : la dédicace "BONFOND" s'imposa naturellement parce que la population jupilloise désignait communément cette extrémité du territoire communal par la locution "Amon BONFOND = Chez BONFOND" en raison de l'ancien estaminet bien connu de l'endroit (devenu Garage PAISSE), situé juste au bas de la Rue de la Forêt (désignée erronément par certains comme étant la "Xhavée").

Cette dédicace ne concerne donc absolument pas Louis BONFOND né à Wandre le 7 novembre 1874, ancien surveillant provincial/géomètre/écrivain, embauché et nommé directeur technique à la commune de Jupille à partir du 1er septembre 1929, à l'âge de 55 ans.

C'est dans le béton du pilier méridional (côté Houlpays) de cet ancien pont BONFOND, au ras du ballast soutenant les rails, que j'ai retrouvé la trace de la croix Geury (1739) en octobre 1992.

 

L'exposition de 1930 à Droixhe/Boverie/Coronmeuse ne rencontra pas le succès espéré : au lieu des 12 millions de visiteurs attendus, seulement 6 millions se sont manifestés.

 

Si l'autoroute Liège-Maastricht a rendu inutile le Pont BONFOND et provoqué sa décapitation, cet axe routier a néanmoins justifié la construction en 1964 de deux autres ponts au-dessus des voies ferrées : le pont en face du marchand de pneus SIMONIS (rond-point en face de Jupi-Pneus) à Jupille et le pont à Souverain-Wandre qui mène vers le port pétrolier. J'ignore la dédicace que porteraient éventuellement ces deux ouvrages.

 

Le présent article sur les ponts Bonfond et Prévers à été rédigé par M.Octave Warzée en collaboration avec la Comission d'Histoire Locale de Jupille (CHLJ), la mise en page et les illustrations sont le travail de votre serviteur.

AJ.

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14 mars 2016 1 14 /03 /mars /2016 16:01

Comme partout ailleurs, il y avait à Jupille quelques arbres remarquables. Parmi ces derniers, deux brillaient particulièrement, il s'agissait de deux "tiyoux - tilleuls" multicentenaires.  La tradition leur accordait presque mille ans.  Le premier planté le long de la pente de "Baille-Colleye - Barrière de Nicolas"  fut abattu, après décision communale, dans l'indifférence générale en 1846.  Le deuxième était beaucoup plus populaire (des manuscrits de 1514 l'attestent) et visible parce que planté sur Gît-le-Coq, le centre historique du village ;  cela va lui permettre de survivre une cinquantaine d'années.

le tilleul aujourd'hui disparut, devant l'actuel presbytère.

le tilleul aujourd'hui disparut, devant l'actuel presbytère.

La tradition locale prétend que peu après le dimanche 18 juin 1815, un des vainqueurs de Napoléon Bonaparte à Waterloo, le général prussien Gebhard Leberecht von Blücher (1742 - 1819) s'arrêta sous la ramure du vieux tilleur afin de consulter ses cartes lui indiquant de franchir la colline des Houlpays pour atteindre la Germanie.

Gebhard Leberecht von Blücher.

Gebhard Leberecht von Blücher.

Peu éloigné du presbytère, le tilleul inclinait ses frondaisons par-dessus la chapelle Notre-Dame de Beaurepart (détruite en 1850), vers la Place du Bac (fontaine d'Alpaïde ou de Saint-Lambert) et sur la Pierre de Justice.  Néanmoins, certains voisins se plaignaient de l'importance de sa couronne et, par conséquent, de l'ombre qu'il maintenait figée sur le sol.  

Le lundi 18 décembre 1899, deux cognées vont lui lacérer l'écorce et le faire basculer.  Après l'ouvrage, les deux bûcherons, les sieurs Olivier Halboister, dit Falowesse, 1837 -1909, lutteur bien connu à Jupille et dans la périphérie liégeoise (il avait une salle d'initiation à laquelle on accédait par la Place de Meuse, il était contemporain du champion du monde Henri Herd de la Rue Jean Warroquiers en Outre-Meuse - dit Constant le Marin, 1884 - 1965) et un certain Huges vont absorber un réconfortant dans un estaminet voisin et ils y prennent froid.  Quant à la dépouille de l'arbre, elle va échouer sur les wagonnets de la scierie de Joseph Fivet (actuel restaurant 111), près de chez le fermier Reynders (à l'endroit de la rampe vers le Pont Prévers), en face des Cours, afin d'être scrutée par l'oeil averti du pharmacien Edmond Jacquemotte (1867 - 1931) du 35 de la Rue Chafnay.  Ce dernier, comptant les stries concentriques du bois de coeur, détermina que le tilleul avait huit à neuf cents ans. 

 

l'actuel restaurant "le 111"

l'actuel restaurant "le 111"

Onze jours plus tard, soit le vendredi 29 décembre, le bûcheron Huges décède et son confrère est bien malade. "Malédiction" vocifèrent les uns, on n'abat pas un arbre presque millénaire, dont les rameaux vonr devenir des reliques.  Peu de temps après, le notaire André Mouton de Gît-le-Coq (il avait racheté le terrain de la chapelle de Beaurepart détruite en 1850 pour y établir sa demeure), qui lui aussi se plaignait des nuissances de l'arbre ancestral, mourut et puis le bourgmestre Désiré Simonis, lui aussi, passa de vie à trépas.  Décidément, le vieux tilleul portait malheur.

 

Ce long mur qui marquait jadis la limite du couvent des Minimes avait 200 ans en 1929 écrivait feu Madame Piedboeuf.

Ce long mur qui marquait jadis la limite du couvent des Minimes avait 200 ans en 1929 écrivait feu Madame Piedboeuf.

En novembre 1908, pour son premier anniversaire et tenant compte de l'indignation qu'avait provoquée l'abattage du vieux tilleul, la Société du Vieux Jupille en planta un nouveau à peu près au même endroit.  Une pierre fut gravée et inscrite, dans l'axe de la Rue Pépin-le-Bref, dans le bas du haut mur de la brasserie Piedboeuf, il y était ciselé : "Li 28 novimbre di l'an 1908, ci tioû chal a stu planté el plèce d'in aute qu'y a viké pu di 600 ans.  Inmans l'djône come nos tåys inmit l'vî ; i nos dårè tot parèy' si åbion et s'fleur  = Le 28 novembre de l'année 1908, ce tilleul-ci a été planté à la place d'un autre qui y a vécu plus de 600 ans.  Aimons le jeune comme nos aïeux aimaient le vieux, il nous donnera tout pareil(lement) son ombre et sa fleur".  Avec la disparition de la tour et de certains hauts murs à l'arrière de la brasserie sur Gît-le-Coq, la plaque commémorative, inscrite dans le haut mur dans l'axe de la Rue pépin-le-Bref, a maintenant, elle aussi, disparu.

 

 

La tour de la brasserie Piedboeuf.

La tour de la brasserie Piedboeuf.

Le lutteur Olivier Halboister (1837 - 1909) était un colosse moustachu doté d'une force peu commune.  Il a longtemps travaillé aux Chaudronneries Piedboeuf (1812 - 1947) et résidait à l'angle inférieur de la Rue Pokietonov (ancienne Rue Médard), là où elle débouche dans la rue Charlemagne.  Le voisin d'Olivier était son frère, Mathieu, ardoisier de profession.  Olivier et son épouse, Pétronille Guillaume (1837 - 1911), avait 11 enfants ; son frère en avait 17, soit 28 enfants pour 2 maisonnettes.

  

angle inférieur de la Rue Pokietonov et de la Rue Charlemagne.

angle inférieur de la Rue Pokietonov et de la Rue Charlemagne.

Cet article a été rédigé par O.Warzée en collaboration avec la Commission d'Histoire locale de Jupille.

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23 décembre 2015 3 23 /12 /décembre /2015 17:19

Ce samedi 19 décembre 2015, s'est déroulé au Monument aux Morts de la guerre 14-18 du cimetière des Bruyères, à l'initiative de la Commission d'Histoire Locale de Jupille, un hommage à un Jupillois d'exception : Mathieu Bodson.

 

Cette cérémonie s'est voulue dans l'intimité de la famille et des personnes attelées à la recherche de renseignements sur Pitje et ses proches.  

 

Ainsi, en présence de Mathieu et Marc Bodson, fils et petit-fils du filleul de Pitje, de Roger Bodson, petit-cousin, Ida Detilleux, Présidente de la CHLJ (Commission d'Histoire Locale de Jupille) a retracé brièvement le parcours de ce jeune héros et les raisons de notre venue ce jour.  La réfection du mobilier funéraire et la réalisation d'un nouveau livre de pierre dédié à Pitje par la Ville de Liège et la Commission d'Histoire Locale fut l'occasion de cette réunion rendue encore plus émouvante par la lecture des lettres de Pitje à sa mère et de sa maman aux oncles et tantes de son fils.

 

Qu'aurait-il pensé, notre héros jupillois, de cette émotion, 99 ans après sa mort ?  

 

 

Monument aux Morts de la Guerre 1914 - 1918,  cimetière des Bruyères à Jupille

Monument aux Morts de la Guerre 1914 - 1918, cimetière des Bruyères à Jupille

Marc et Mathieu Bodson, petit-fils et fils du filleul de Pitje.

Marc et Mathieu Bodson, petit-fils et fils du filleul de Pitje.

Les remerciements aux personnes et services impliqués et le dépôt d'une gerbe de fleurs ont clôturé ce moment de recueillement.

 

L'an prochain, le 14 septembre 2016, il y aura cent ans que Mathieu Bodson a été fusillé par les Allemands pour actes de résistance. En novembre 2016, une commémoration officielle, une exposition et un chemin du souvenir lui seront consacrés, ainsi qu'à d'autres combattants de la première guerre mondiale.

 

Étaient présents : Mathieu, Marc et Roger Bodson, membres de la famille de Pitje ; Ida Detilleux, Présidente de la Commission d'Histoire Locale de Jupille ; Angela Cutillo du Foyer Culturel de Jupille - Wandre ; Octave Warzée, Henry Abeloos et Freddy Lhermitte qui offrent leur aide à la CHLJ pour réunir un maximum de renseignements et de documents sur Mathieu Bodson ; Bernadette Dodrimont, Georgette Califice, André Lecoq et Alfred Jamin, membres de la CHLJ ; ainsi que deux sympathisants.

 

Georgette Califice lit la lettre de la mère de Pitje aux oncles et tantes de son fils.

Georgette Califice lit la lettre de la mère de Pitje aux oncles et tantes de son fils.

Ida Detilleux, explique les raisons de notre présence au pied du monument.

Ida Detilleux, explique les raisons de notre présence au pied du monument.

Alfred Jamin lit la lettre poignante de Mathieu Bodson adressée à sa maman la veille de sa mort

Alfred Jamin lit la lettre poignante de Mathieu Bodson adressée à sa maman la veille de sa mort

le dépôt d'une gerbe de fleurs
le dépôt d'une gerbe de fleurs

le dépôt d'une gerbe de fleurs

Le livre de pierre dédié à Pitje.

Le livre de pierre dédié à Pitje.

aperçu de la cérémonie

aperçu de la cérémonie

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18 décembre 2015 5 18 /12 /décembre /2015 14:42

Le château Piedboeuf s'élevait tout comme d'autres dans l'axe de la rue de Visé, plus exactement à côté de la place du Bac.  Entre l'ancien bâtiment de l'embouteillage et l'ancienne tour Piedboeuf. A mon époque il était presque complètement recouvert de lierre.  

 

C'était une construction un peu biscornue selon la mode de l'époque, avec une toiture à plusieurs sommets et pentes multiples, une façade avec profusion de pierres de Meuse.

Son flanc gauche était contigu de la brasserie familiale dont les ateliers s'ouvraient sur la rue de Visé et le Thier du Bossî.

 

Il fut conservé jusqu'il n'y pas longtemps mais pratiquement absorbé par les constructions industreilles modernes.  Tout au début de ma carrière dans cette belle entreprise ce bâtiment abritait le service des achats.  Plusieurs noms de personnes qui y travaillaient me reviennent à l'heure ou j'écris ces lignes : messieurs Taxhet, Alexandre, Haegen ...

 

le château Piedboeuf tel que je l'ai connu en 1965.

le château Piedboeuf tel que je l'ai connu en 1965.

le même château au début du 20ième siècle

le même château au début du 20ième siècle

Le château Piedboeuf
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3 décembre 2015 4 03 /12 /décembre /2015 17:04

Ce beau bâtiment aussi nommé château Ledent, du nom du directeur du charbonnage de Queue-du-Bois, occupait l'angle des rues de Visé et de la rue de la Station, actuellement rue des Anciennes Houblonnières.

 

 

Carrefour de la rue de Visé et de la rue de la Station à gauche.

Carrefour de la rue de Visé et de la rue de la Station à gauche.

Son beau jardin, ombragé de hêtres pourpres, s'étirait le long de la rue de Visé jusqu'à l'emplacement de l'actuel bureau de poste.  C'est dans ce bâtiment que j'ai pris mes fonctions fin de l'année 1964, c'était en effet au rez-de-chaussée qu'était installé le département du personnel et à l'étage le bureau d'études, soit une petite vingtaine de personnes. 

 

Cette belle maison de maître fut racheté par la brasserie Piedboeuf, puis rasé pour la construction du building Piedboeuf actuellement abandonné.  

 

 

emplacement du Château "Chevau" à l'heure actuelle

emplacement du Château "Chevau" à l'heure actuelle

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