Qu'appelle-t-on "le petit patrimoine
de Jupille" ? Du point de vue de la commission d'histoire locale, c'est notamment les plaques commémoratives exposées dans le village en mémoire de Jupillois parmi les plus
méritants.
Un de nos buts est d'informer nos
concitoyens du passé de notre village.
Parlons donc d'Edmond Jacquemotte,
d’Henri Warnant, de Louis Locanetto, de Martin Marsick. Ce n'est là que quelques exemples ; on ne pourrait les citer tous dans cet article.
D'autres monuments rappellent de moins
bons souvenirs, issus de traditions, comme la Pierre de Justice, de faits historiques, comme la plaque pour l'abbé Genten ou le monument Mathieu
Bodson, ou d’accident, comme la pierre commémorative de l'éboulement du Crassier au lieu-dit Moulin-sous-Fléron.
Afin d'égayer la lecture de ces
informations, je vous propose bien entendu de l'illustrer avec quelques photos.
Débutons par Edmond
Jacquemotte.
Ce Jupillois était pharmacien, mais aussi auteur wallon. Il a habité toute sa vie dans la maison du 35 rue Chafnay où il avait son
officine. Comme auteur wallon, il publia notamment un livre de 130 pages, « Cohètes », en 1926.
On y trouve des poésies évoquant des lieux de Jupille et des impressions de vie. Vingt de ces textes sont illustrés d'un dessin à la plume.
Il écrivit aussi plusieurs articles dans le Bulletin de la Société Liégeoise de Littérature Wallonne (BSLLW) en collaboration
avec J. Lejeune. En voici quelques titres : « Vocabulaire des lavandières et repasseuses »,
« Vocabulaire du
briquetier », « Extraits du Vocabulaire de la sage femme », « Mots wallons divers recueillis à
Jupille ».
Poursuivons avec Henri
Warnant dont la plaque commémorative se trouve rue de Couvent au numéro 70. Cette plaque comme d'autres d'ailleurs, fera l'objet d'une rénovation par
la Ville de Liège, grâce à l'intervention des membres de la CHL (Commission d'Histoire locale). Henri Warnant fut conseiller communal de 1921 à 1925, échevin de Jupille de 1926 à 1961, conseiller
provincial de 1936 à 1953 et bourgmestre de Jupille de 1931 à 1953.
Quant à Louis Locanetto, dont la plaque
commémorative se trouve rue de Meuse au n° 59, il est né à Queue-du-Bois le 24 novembre 1896. Il est devenu belge par jugement du Tribunal civil de
Liège en mars 1927. Il fut ouvrier de scierie. Ce bienfaiteur s'activa au bénéfice des œuvres de sa
commune. Il est décédé le 10 juillet 1943 à Jupille et est inhumé au cimetière de Jupille rue Bois-de-Breux.
Maison Rue de Meuse au n° 59
Qui fut Martin-Pierre Marsick ? Ce monsieur est né à Jupille, dans une famille de 18 enfants. La petite
échoppe de son père, cloutier, ouvrait sur la rue du biez, rebaptisée ultérieurement rue du Rond Cot'hê. La plaque à la mémoire de Martin Marsick a
été apposée sur une maison de la rue Lassaux, proche de sa maison natale, car celle-ci avait disparu.
Consciente du grand talent du jeune
Martin-Pierre, la comtesse Mercy d'Argenteau fut son mécène et lui permit d'accomplir ses études musicales au conservatoire de Bruxelles. Membre de
l'Ecole de Violon liégeoise, il fonda un quatuor célèbre. Professeur au conservatoire de Paris, il eut comme élèves les virtuoses Carl Flesch,
Georges Enesco et Jacques Thibaut qui, avec Marguerite Log, assistèrent en 1929 à la pose de la plaque à son nom.
La Pierre de
Justice.
Autrefois dans un lieu où siégeait une Cour de Justice - nous dirions actuellement un tribunal -s'élevait presque toujours, sur la place publique, un monument lapidaire, symbolisant le pouvoir du
prince ou du seigneur, représenté par ses échevins. Jupille eut le privilège de conserver ce monument unique, sur lequel les historiens se sont
penchés maintes fois pour étudier son passé.
Ce monument, récemment
restauré, est actuellement installé à côté de ce que les Jupillois nomment la "Maison Piedboeuf".
Ce bloc de granit équarri fait penser à une ruche ou plutôt à une cloche à fromage. Alex Coune en a
écrit toute l'histoire dans un fascicule nommé : « Les grandes et petites Histoires de Jupille ». Ce n'est pas notre intention de reproduire ce texte ici, mais sachez que cette pierre
est un symbole fort de notre liberté.
Né à Verviers le 31 août
1892, l'abbé Jean Genten fut nommé curé de la paroisse de Jupille Saint-Amand le 3 mai 1933. Arrêté par les Allemands le 1er août 1944 pour ses activités patriotiques, il fut déporté
au camp d'extermination de Neuengamme (au sud-est de Hambourg) où il décéda le 20 novembre 1944, à l'âge de quarante-deux ans. L'administration
communale, reconnaissante, débaptisa l'ancienne rue Devant-le-Château, pour l'appeler désormais rue Abbé Genten. Son monument se trouve dans la
façade de l'ancienne école des garçons, rue Charlemagne.
Mathieu Bodson est né place Fléron à
Jupille le 3 août 1893. Il est ouvrier plombier quand la guerre de 14 se déclare. Volontaire de guerre, il est actif en Hollande. Suite à un problème
de santé, il est réformé. Rentré en Belgique, il habite avec sa mère à Saint-Josse-ten-Noode. En lui brûle le désir de servir. Il est chargé par l’armée britannique d’une mission de
contre-espionnage et s’en acquitte avec une rare intelligence. Surveillé par la Sûreté allemande, il change plusieurs fois de domicile, mais la Kommandantur finit par le repérer et il est arrêté,
vraisemblablement suite à une dénonciation. Il est emprisonné pendant plus de trois mois et finalement condamné à mort, dont acte : « Mathieu Bodson est accusé d’avoir favorisé le
passage en Hollande de nombreux Belges, d’avoir fabriqué de faux passeports et d’avoir caché des soldats belges. » A son avocat venu lui rendre une dernière visite, il confie une lettre
d’adieux aimante pour sa mère. Ensuite sa maman vient le voir et il parvient à lui cacher le verdict. Il lui fait croire qu’il va être déporté en
Allemagne. Confiante, Mme Bodson rentre préparer des vêtements et du linge que son fils doit emporter en exil. Le lendemain à l’aube, le 14 septembre, il est fusillé. Un mois plus tard, anéantie
par le chagrin, la maman décéde.
Pour honorer la mémoire de
« Pitch», ce héros jupillois, l’administration communale de Jupille dénomma la place Fléron « place Mathieu Bodson ». Le 29 avril 1928, la société « Lès R’djètons dès
Pèpins », d’accord avec l’administration communale et la section des Combattants, inaugurèrent un monument en mémoire de Mathieu Bodson.
"La Wallonie
éprouvée" – "Les crassiers qui tuent…"
Voilà ce qu'un journal de l'époque
publiait dans ses premières pages. En effet, le 3 février 1961 eut lieu la catastrophe dite du "Crassier de Moulins-sous-Fléron" ou de
"Jupille". Ces deux dénominations étant exactes.
Au départ, 500.000 m3 de scories entreposées depuis plusieurs décennies au lieu-dit Croix-Visé, sur les hauteurs des Piétresses. Plusieurs jours de fortes pluies et la masse se
fissure. Un cinquième du remblai est désolidarisé et se met en marche. Dans un bruit de tonnerre, il s’éboule comme un fleuve dévastateur en un furieux parcours de plus d'un kilomètre,
envahissant le creux de la vallée pour finalement aller écraser plusieurs maisons de la rue de Fléron et s’étaler tel un vaste lac de poussières pour les ensevelir. C'est à la mémoire des 11 victimes que fut érigée une pierre commémorative sertie dans le mur d’une maison de la rue de Fléron.